Un jardin

 

Vierville, août 2015

 

 

 

– de quoi ai-je peur ?

 

que le vent, le grand vent

qui m’entraîne dans son courant

aussi m’assèche et me disperse

 

que les souvenirs ne soient plus

que vieux squelettes déambulant

sans parfums ni âmes d’enfant

 

que le vent m’entraîne si loin

que je n’y reconnaîtrai rien

 

–  qu’ai-je à craindre enfin ?

je suis la graine, le regain

je suis le vent le pain

je suis la vie

_____

 

longtemps

ce matin dans le jardin

sans écrire

c’est que

je rêve de mots

simples comme la pierre

pour dire

les mouvements intérieurs

strates de silences et de peurs

d’audaces de bonheurs

tout cela parfois

en même temps

je le comprends

les nomme

et les reprends

et les nomme

encore

_____

 

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le jardin de Normandie l’enfant joue dans les cailloux blancs

aux voitures aux bombardiers aux dragons on ne

sera jamais les mêmes d’un été à l’autre même

si le mur hisse toujours son gris et la forêt son vert derrière on ne

sera jamais les mêmes leur constance me dispense d’en faire

autant je suis le courant

du temps

_____

 

poème

de chair

et de pierre

 

c’est l’oiseau

qui se pose

sur le mur

_____

 

l’après-midi

se penche vers son milieu

quelque chose

dans le silence

est moins silencieux

une dilatation de l’air plus présent

les sons se défigent

se diluent dans le bleu

moins bleu du ciel

un avion passe

au loin un tracteur

la vie humaine

et animale

ose de nouveau

s’insérer

dans le sacré

_____

 

certains matins suis

pure incantation

pur sang

pur chant à la vie

en totale confiance

puisque – chance !

c’est la vie même

qui me l’inspire

 

_____

 

matin

sur le chemin

une vieille passe son seul mouchoir à la main

elle m’aperçoit dans le jardin – hoche la tête

sans changer la gravité de son visage

_____

 

bu léché la dernière goutte

de ces instants dans le jardin

irrigué par les vents

comme par le sang

du monde

_____

 

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© Albert Marquet, Brume à Laperlier