Sur la partition bleue du ciel

Venosc, août 2017

 

Anne Lauricella montagne

 

— Extraits —

 

haut

 

là où les cloches

ne sont que rumeur

le soleil pinceau de craie

sur la voile noire des sommets

_________

 

là où

tout ce qui n’est pas

touché par le sceau du soleil

est plongé en plein mitan

dans un sombre inquiétant

_________

 

là où le vent

malmène sans cesser

des mottes d’herbe amarrées

 

où le crissement léger

des criquets ose rivaliser

avec le souffle du fleuve dans la vallée

_________

 

dans la rigueur

de ces hauteurs

le tendre palpité

d’un bouleau

réconforte

 

également

le vol dansant

d’un papillon

blanc

_________

 

au creux des herbes

trissements crissements

pulsations palpitations

tout un sérail

au travail

_________

 

après bien

des hésitations

un papillon

 

se pose au bout

de mon genou

 

nous écoutons

nos vibrations

_________

 

toute une famille

d’humains défile soudain

dans mon dos

j’entends Oh

une dame

on fait chht

on passe en baissant le ton voyant

que j’incline à nouveau le menton

pour écrire, plus émue

par cette attention

que ne saurais le dire

_________

 

montagne

toute cette vie sur ton

dos – moi aussi suis

ton frisson

_________

 

ici là

 

les ombelles agitées

des fleurs de carotte

 

l’or fatigué

d’épis secs

 

le clou balancé

de pissenlits étêtés

 

la violine effacée

de fleurs clairsemées

_________

 

fouillis vertical

de verts et de lumières

j’y mêle mon bien-être

comme un éclat de plus

_________

 

et par-dessus toute cette brillance

les vapeurs bleues

de la vallée

_________

 

ce n’est pas seulement

que je trouve ça beau

les imbrications de ces versants

dans des dégradés de bleus

de plus en plus vaporeux

 

mais cela vient révéler

mon ancrage en ce monde et en l’autre

tel un pinceau de lumière qui éclaire

le très profond de ma vallée

 

venant juste de noter ces mots

je relève la tête et c’est

toute la vallée qui, sublime,

s’illumine

_________

 

que cet infini petit

et cet infini grandiose

d’un seul regard se marient

 

rassasie

 

ma faim

de tout

_________